Valorisation d’entreprise : comment savoir combien vaut votre société à l’heure de la taxe sur les plus-values ?

Maxim Vanhenden 15/12/2025 13 min de lecture

Peu de dirigeant·e·s de PME savent combien vaut leur société. Pourtant, avec la nouvelle taxe sur les plus-values, telle que prévue dans le projet de loi, la valorisation prendrait une importance toute particulière aujourd’hui pour bien se positionner face à la nouvelle taxe.

 

Pourquoi la valorisation devient indispensable maintenant

À partir du 1er janvier 2026, toute plus-value sur des actions vendues sera imposée.

Un régime transitoire prévoit que, pour les titres déjà en votre possession, la plus-value taxable sera calculée sur la valeur estimée au 31 décembre 2025, et non sur le prix historique.

 

En clair : La plus-value accumulée avant 2025 n’est pas taxée : seule la plus-value réalisée au-delà de la valeur de marché au 31/12/2025 sera imposée. 

 

Pour les sociétés cotées, c’est plus simple : la valeur retenue sera le dernier cours de clôture au 31/12/2025, sauf si vous pouvez prouver que votre prix d’achat était plus élevé. Cette exception reste valable jusqu’au 31/12/2030.

 

Pour les entreprises non cotées (SRL, SA, holdings, sociétés familiales…), tout repose sur votre capacité à documenter une valorisation sérieuse et défendable. Pour ces entreprises non cotées, disposer d’une valorisation robuste est donc essentiel pour documenter cette valeur.

 

Valoriser une société : une photo ou un film ?

Toutes les méthodes de valorisation reposent sur une même logique : comparer ce que vaut la société aujourd’hui (bilan) avec ce qu’elle pourra générer demain (P&L / cashflows).

 

Certaines méthodes privilégient une approche patrimoniale basée sur le bilan (valeur des actifs), d’autres une approche rentabilité / rendement basée sur le compte de résultats (P&L), et enfin certaines recourent à une approche hybride, axée sur le patrimoine ET le rendement.

 

Une valorisation sérieuse ne consiste jamais à choisir une méthode, mais à comparer plusieurs « angles de vue », et à écarter celles qui ne sont pas pertinentes pour ce type d’entreprise.

 

Les grandes familles de méthodes de valorisation

1. Les méthodes patrimoniales

Elles valorisent ce que la société possède aujourd’hui.

a) Actif net corrigé

La méthode la plus simple :
Actif net corrigé = Actifs − Dettes

 

On inclut à l’actif l’ensemble des éléments qui le compose : trésorerie, inventaire, bâtiments, brevet, créances. Auquel nous soustrayions les différentes dettes de l’entreprises : bancaires, salaires, fournisseurs, fiscales, …

 

📌 Intérêt

  • Très adaptée aux sociétés avec de l’actif important, immobilières, patrimoniales, holdings.
  • Donne une image concrète, basée sur des chiffres tangibles.

 

📌 Limites

  • Ne dit rien de la rentabilité future.
  • Pas adaptée aux sociétés qui créent de la valeur via des éléments immatériels (consultants, agences, services, un savoir-faire unique, …).
  • L’approche peut paraître réductrice puisque deux entreprises peuvent afficher le même actif net mais avoir des modèles totalement différents.

 

2. Les méthodes mixtes

 

Elles combinent patrimoine et rentabilité.

a) Valeur moyenne

On fait la moyenne entre :

  • La valeur patrimoniale
  • La valeur de rendement (bénéfice ou cash généré)

 

Philosophie : une société est à la fois un patrimoine et une machine à générer du résultat.

 

📌Intérêt

  • Plus équilibrée qu’une simple approche bilan.

 

📌Limite :

  • Perte d’information pertinente de chaque méthode.
  • La valeur intrinsèque ne correspond pas à la réalité économique de l’entreprise

 

b) Méthode de Schulenburg

Cette méthode est très utilisée dans les pays germanophones.

 

Elle met l’accent sur la capacité d’une entreprise à réaliser surprofit, c’est-à-dire un bénéfice supérieur à ce que l’on attend normalement pour ce type de société selon son capital et son secteur.

Ce surprofit est ajouté à l’actif net. De cette manière, on valorise aussi la sur-rentabilité.

 

📌Intérêt :

  • Idéale pour les PME stables, familiales, avec un historique régulier, et pour lesquelles ont peut trouver des entreprises comparables sur le marché
  • Intègre la notion de goodwill au-delà des actifs.

 

c) Méthode UEEC

Version modernisée et harmonisée de Schulenburg, validée par l’Union des experts-comptables européens. Elle utilise des coefficients forfaitaires plus adaptés aux marchés actuels.

 

📌Intérêt

  • Approche permettant d’évaluer en continuité, indépendamment de son patrimoine historique.
  • Approche souvent utilisée pour la transition, la cession de part ou l’évaluation interne
  • Utile pour les PME ou sociétés stables avec un historique de résultats cohérents

 

d) Méthode de Stuttgart

 

Cette méthode se rapproche de celle de la valeur moyenne, mais on introduit cette fois un facteur α (entre 0 et 1) pour pondérer :

  • plus vers le patrimonial
  • ou plus vers le rendement

selon la nature de la société.

 

📌Intérêt :

  • Souple, modulable, très utilisée.
  • Permet de refléter fidèlement la réalité économique.

 

3. Les méthodes basées sur le rendement / P&L

 

a) Multiples d’EBITDA

C’est probablement la méthode la plus connue.

Valeur = EBITDA × multiple du secteur

 

Le multiple dépend de :

  • L’entreprise elle-même
  • Le marché
  • Le secteur
  • La croissance
  • Les risques (clients uniques, dépendances, WCR…)
  • La qualité du management

 

📌Intérêt :

  • Simple, intuitive, très utilisée en M&A.
  • Reflète bien la performance opérationnelle.

 

📌Limites :

  • Ne tient pas compte du patrimoine (une société immobilière sera sous-valorisée).
  • Volatile : un « mauvais » exercice peut faire chuter la valorisation.

 

b) Goodwill anglo-saxon

On calcule le surplus de bénéfice durable par rapport au marché, puis on le capitalise sur plusieurs années.

 

📌Intérêt :

Très pertinent pour les sociétés :

    • À marque forte
    • À réputation installée
    • Expertes dans leur domaine
    • Avec un avantage compétitif durable

 

📌Limites :

  • N’est pertinente à valoriser pour le vendeur que s’il existe un surprofit
  • Suppose que le surprofit continuera
  • Demande des comparables fiables

 

c) Méthode du rendement pur

On prend le bénéfice durable et on le capitalise selon un taux de rendement exigé.

 

📌Intérêt

  • Simple, très utilisée pour les sociétés très rentables et régulières.

 

📌Limites

  • Ignore complètement le patrimoine, ce qui implique un biais important pour certains secteurs.

 

d) DCF : Discounted Cash Flow

On calcule les cashflows futurs sur une période plus ou moins longue qu’on actualise pour obtenir une valeur aujourd’hui.

 

📌Intérêt

  • Intègre la vision future de l’entreprise.
  • Très adaptée aux sociétés prévisibles, matures, avec un historique solide.

 

📌Limites

  • Hypersensible aux hypothèses (croissance, inflation, investissements…).
  • Impossible pour les jeunes PME en croissance rapide ou sans historique.
  • Ignore la valeur du patrimoine. Exemple typique : Un indépendant ayant des contrats récurrents aura un DCF élevé. Une société immobilière avec un immeuble et quelques locataires aura un DCF faible

 

Facteurs extra-comptables

Une valorisation doit aussi tenir compte d’éléments qui ne figurent pas dans les chiffres :

 

  • Dépendance à un client/fournisseur
  • Compétences du dirigeant non remplaçables
  • Coûts futurs nécessaires (embauches, machines, maintenance)
  • Rémunération du dirigeant sous-évaluée avant cession
  • Risques opérationnels (pannes, normes, certifications)
  • Vieillissement du parc machines

 

Tous ces éléments peuvent changer radicalement la valeur finale.

 

Quelle est la bonne méthode de valorisation?

Aucune méthode n’est parfaite. Chacune représente une certaine perspective de la valeur de l’entreprise et n’offre qu’un point de vue spécifique et partiel.

 

En pratique :

Certaines méthodes seront manifestement incohérentes (ex : DCF 40× plus élevé que les autres)

Certaines seront inadaptées à la phase de vie de la société

D’autres donneront un angle pertinent pour la négociation

 

Une bonne valorisation utilise souvent 4 à 6 méthodes, ce qui permet d’arriver à une valeur moyenne pertinente.

Enfin, certaines entreprises ne sont pas valorisables via ces méthodes. Par exemple, une société de biotechechnologie en phase de recherche et développement (« cash-burn ») demandera une valoriser des brevets ou du pipeline de produit en cours de développement, pas la société elle-même.

 

Dans quels cas une valorisation est utile ?

Au-delà du cadre fiscal de la future taxe sur les plus-values, une valorisation est un surtout outil stratégique pour :

 

Préparer une revente

Si vous souhaitez revendre votre entreprise, avant toute négociation, il est indispensable de connaitre le prix que l’on souhaite demander. Une valorisation apporte cette base chiffrée et permet ensuite d’identifier les leviers pour augmenter la valeur de l’entreprise : optimisation de l’EBITDA, meilleure gestion du besoin en fonds de roulement, clarification des éléments qui pourraient devenir des points de friction lors de la vente. Elle aide ainsi à entrer dans le processus de cession avec une vision précise, argumentée et stratégiquement préparée.

 

Planifier un achat

Si vous envisagez d’acheter une entreprise, une telle évaluation est tout aussi essentielle : elle vous aide à analyser la cohérence du prix demandé, à anticiper les risques, à identifier les zones de négociation possibles et à déterminer la valeur maximale que vous êtes prêt à payer sans mettre en péril votre projet. Une valorisation solide devient alors un outil clé pour structurer votre offre, sécuriser la transaction et négocier en position de force.

 

Préparer une transmission familiale

Dans un contexte souvent émotionnel, la valorisation fournit un repère objectif permettant de limiter les tensions. Elle clarifie la valeur réelle de l’entreprise, évite les discussions subjectives et aide les membres de la famille à prendre des décisions équitables en s’appuyant sur un chiffrage neutre et partagé.

 

Accueillir de nouveaux investisseurs

Une valorisation structurée renforce la crédibilité du dossier présenté. Elle permet d’expliquer clairement la logique du financement recherché, de démontrer la solidité du business et d’appuyer l’ensemble des hypothèses avec des données cohérentes. C’est un élément clé pour gagner la confiance d’investisseurs potentiels et faciliter leur engagement.

 

Comment Altesia peut vous accompagner

Chez Altesia, nous réalisons régulièrement des valorisations pour des PME, adaptées au mieux à votre activité et à votre contexte.

 

Notre approche :

  • revue des éléments comptables
  • sélection des méthodes pertinentes
  • élimination des méthodes incohérentes
  • au besoin, prise en compte des facteurs extra-comptables après analyse de l’activité et des chiffres
  • établissement d’une valeur moyenne fiable
  • Etablissement de points de vigilance et facteurs de sensibilité pour la valorisation

 

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